LA PLANETE BULLE - Livre premier - page 1

LA PLANETE BULLE - Livre premier - page 1
Chapitre 1: Le Livre Oublié


Aussi loin que remonte ma mémoire, c'est par une chaude journée d'été que commence réellement la fantastique épopée d'Anavrin de Kento. C'est par une belle matinée d'été donc que commence son Histoire, comme il me l'a si souvent contée.
Ce matin, comme tous les matins depuis près d'un an, Anavrin se leva à la sonnerie de son réveil électronique. Il était 5h30 du matin. Les yeux encore embrumés après sa courte nuit de sommeil, il se leva maladroitement de son lit trop petit pour lui pour se servir un bol de céréales bon marché.
En ce temps là, Anavrin n'était encore qu'un adolescent. A 15 ans à peine, il n'était pas très grand pour son âge mais était cependant de constitution solide. Il avait une épaisse tignasse brune constellée de reflets cuivrés et le regard d'un noir intense.
Anavrin prit son petit déjeuner assez lentement, assis devant sa minuscule table devant sa minuscule fenêtre. A vrai dire, tout était trop petit dans son petit appartement parisien qui ne possédait qu'une seule petite pièce. Une petite table, une chaise, un petit lit, un évier et une cabine de douche, voilà tout le mobilier dont disposait Anavrin pour vivre. C'était malheureusement tout ce qu'il était en capacité de s'offrir avec sa modeste paye d'ouvrier du bâtiment mais cela lui convenait amplement. 15 ans est un âge auquel les enfants ne sont pas habitués, ni même légalement autorisés à travailler. Pourtant Anavrin travaillait depuis un an maintenant, depuis qu'il s'était enfui de chez ses parents.

Ani prit son paquet de céréales et en versa dans son bol de chocolat chaud. C'est ce moment que choisit une petite souris blanche pour monter sur la table et se poster juste devant le jeune garçon.
- Ah, salut Méo... fit Ani de sa voix encore enrouée par une nuit de sommeil. Je suppose que tu as faim, vorace comme tu es. Tiens, prends ça.

Il déposa alors une poignée de céréales croustillantes juste devant la petite souris, qui ne semblait pas du tout effrayée.
Pendant qu'elle mangeait, Ani la caressait du dos de la main. Méo était en fait sa seule compagnie depuis qu'il vivait ici. C'était une petite souris mâle qu'il avait domestiquée puis dressée à force de patience et surtout de nourriture. Néanmoins, il avait décidé de la laisser libre d'aller et venir partout dans sa chambre car il ne supportait pas de voir des animaux en cage. Et Méo se montrait plutôt docile car il ne volait presque jamais dans la réserve de nourriture mais il prenait par contre un malin plaisir à ronger les lacets des chaussures d'Ani, si bien que ce dernier devait les cacher dans un petit conduit de ventilation, inaccessible pour la souris.

# Posté le mercredi 11 juin 2008 16:18

Modifié le mardi 22 juillet 2008 20:38

LA PLANETE BULLE - Livre premier - page 2

Chapitre 1 [suite...]


Une fois son petit déjeuner englouti, il passa sous la douche. Elle fut longue et plutôt fraîche car il avait besoin d'être clairement réveillé avant de commencer sa journée. Tous les jours il devait porter de lourdes plaques de plâtre qu'il transportait d'étage en étage sur un chantier modeste dans le XVIIème arrondissement de Paris. Ce métier était bien sûr éreintant pour un garçon de son âge mais Anavrin était dur au mal et avait conscience qu'il représentait son seul moyen de subsistance et c'est pourquoi il travaillait sans se plaindre.

Quand il fut sec, il enfila son pantalon de travail – maculé de tâches de plâtre séché, il commençait à être usé aux articulations – puis son Marcel blanc dans le même état d'usure. Il passa ensuite sa besace à bandoulière autour de ses épaules, y fourra deux sandwichs qu'il avait préparés la veille au soir et s'empara de sa vieille radio portable avant de sortir de chez lui.
Anavrin prit sa vieille bicyclette qui l'attendait dans le porche de son immeuble, l'enfourcha et s'engagea lentement dans la clarté naissante de ce jour d'été qui illuminait sa petite rue tranquille du VIème arrondissement.

Depuis quelques semaines déjà, il avait pris l'habitude d'arriver en avance sur le chantier, depuis qu'il avait fait la connaissance de Mme Dessources la vieille et solitaire concierge de la cour de l'immeuble dans lequel le chantier était implanté. Mme Dessources l'avait pris sous son aile - sans doute à cause de son jeune âge pensait à tort Anavrin - parce qu'il ressemblait à son fils au même âge. Ce matin donc, le jeune ouvrier qu'il était arriva en avance d'un quart d'heure sur l'horaire du chantier qui commençait tous les jours à 8h00 précises. La vieille dame l'attendait sur le perron, le couvant de son regard bienveillant.
- Bonjour Mme Dessources ! dit Ani d'un air enjoué
- Bonjour mon petit Ani, entre je t'en prie... lui répondit-elle.

Mme Dessources lui laissa la place entre elle et le pas de la porte. Comme il passait devant elle, Ani remarqua qu'il émanait d'elle une délicieuse odeur de viennoiseries et de chocolat chaud. Elle était habillée avec sa longue jupe à carreaux et portait malgré la chaleur estivale un chandail en laine blanche.
- Installe-toi donc mon sucre d'orge je t'ai préparé tout ce que tu aimes !
Joignant le geste à la parole elle lui servit un plateau rempli de pains au chocolat, de pains aux raisins et de chouquettes au beurre faits maison. Ani ne se priva pas pour en prendre autant que sa bouche pouvait en contenir. Ses repas n'étaient pas copieux et il savait que chaque calorie ingurgitée compterait pour l'aider à tenir la journée.
Lorsqu'il fut l'heure de partir, il remercia chaleureusement Mme Dessources qui n'en attendait pas moins :
- Donne moi donc un baiser mon petit et file, le travail n'attend pas !
En sortant de l'appartement de la concierge, Ani croisa son voisin, M. Lepennec qui avait visiblement l'air soucieux.
- Bonjour M. Lepennec ! fit Ani, mais le vieil homme ne le remarqua même pas tant il semblait rongé par ses pensées.

# Posté le mercredi 11 juin 2008 18:23

Modifié le samedi 14 juin 2008 18:25

LA PLANETE BULLE - Livre Premier - page 3

LA PLANETE BULLE - Livre Premier - page 3
Chapitre 1 [suite...]


Légèrement intrigué, Ani regarda passer le voisin de Mme Dessources, et lui emboîta le pas. Déjà, les ouvriers commençaient à arriver sur le chantier. Il se hâta donc et rejoignit son chef d'équipe qui lui assigna sa tâche pour la journée :
- Ani, tu seras avec Luigi aujourd'hui, tu seras son commis au 3ème étage !

Devant la fermeté du ton, Ani partit sans demander son reste et grimpa les escaliers en béton. Des câbles électriques couraient le long des murs nus, des sacs de plâtre empilés ci et là, et des boîtes de vis éventrées jonchant le sol complétaient le décor du 3ème étage en réfection.
Absorbé par son travail, Luigi s'évertuait à visser une plaque de plâtre récalcitrante sur un mur. C'était un homme grand et massif, et sa barbe et ses cheveux grisonnants lui donnaient un air bourru.
Alors que la journée de travail venait seulement de commencer, il était déjà sur le chantier depuis une heure. Ani connaissait très bien son collègue du jour, aussi se hâta-t-il de se mettre au travail.
La journée passa lentement, Ani multipliant les efforts travailla d'arrache-pied pour rattraper le retard accumulé la semaine passée.
Vers 18h alors que la température se rafraîchissait, Anavrin savourait la fin de son dur labeur. Assis sur l'échafaudage qui soutenait la façade, il contemplait la cour intérieure de l'immeuble. Il fut extirpé de ses pensées par le grincement de la porte d'entrée. Elle s'ouvrit sur M. Lepennec, le voisin de Mme Dessources. De son perchoir, Ani ne distinguait pas grand chose, si ce n'est que le vieil homme tenait un gros paquet serré contre lui. Vu sa posture, Ani, devinait que son anxiété de ce matin ne l'avait pas quitté. Pire, il le sentait terrorisé.
M. Lepennec descendait le perron avec lourdeur comme s'il regrettait chacun de ses pas. Tel une bête traquée, il regardait partout comme pour vérifier que personne ne l'observait. Ani étant hors de son champ de vision, il se croyait seul alors que les ouvriers étaient affairés à l'intérieur du chantier à ranger leurs outils.
Visiblement, le vieil homme se dirigeait vers les poubelles de l'immeuble. Après avoir vérifié que personne ne l'épiait, il étreignit une dernière fois le paquet avant de le jeter dans l'un des bacs gris et vert.
Du haut de son échafaudage, Anavrin était perplexe. Il était intrigué par la scène à laquelle il venait d'assister : pourquoi cet homme s'était-il débarrassé d'un paquet auquel manifestement il tenait beaucoup ?

Le petit ouvrier attendit que M.Lepennec ait regagné l'immeuble pour descendre de son perchoir. Promis, il irait jeter un ½il dans la poubelle avant de quitter le chantier.

# Posté le jeudi 12 juin 2008 18:55

Modifié le lundi 21 juillet 2008 21:42

LA PLANETE BULLE - Livre Premier - page 4

Chapitre 1 [suite... et fin]


Il s'occupa encore une bonne heure auprès de Luigi, l'aidant à laver et à ranger son matériel dans son camion. Néanmoins, il restait focalisé sur ce qu'il venait de voir, tant et si bien que Luigi finit par lui lancer un tonitruant « Rrrrrrrrréveilleuh toi, garrrrrrnement ! » en roulant les « r » en plus de son inimitable accent du Midi.
Dès qu'il eut fini sa journée, Ani se pressa d'aller frapper chez Mme Dessources. Comme tous les soirs, elle l'accueillait chez elle pour lui donner des cours du soir. Car la vieille dame n'avait pas toujours été concierge. Elle n'occupait cette fonction que pour s'occuper pendant sa retraite car jadis, elle avait été professeur de français dans un collège de la ville, et depuis, elle avait gardé sa fibre pour l'enseignement. Ayant pris Ani sous son aile, c'est tout naturellement qu'elle lui avait proposé de compléter son éducation. Et ce dernier avait accepté tout aussi naturellement car tant qu'il était encore chez ses parents et qu'il fréquentait les bancs de l'école, c'était un élève très doué, toujours dans les premiers de sa classe.

Ani toqua donc à la porte. La vielle concierge lui ouvrit avec un grand sourire bienveillant.
- Entre mon petit, entre !
Comme le matin, un véritable festin l'attendait : encore des viennoiseries, des tartines, du chocolat chaud fumant et des bonbons de toutes sortes. Certes Ani n'était plus tout à fait un enfant, mais il ne se souciait guère des apparences dans le petit appartement de Mme Dessources. Il en appréciait l'atmosphère chaleureuse et le calme qui y régnaient. Dans le salon, il aimait tout particulièrement la bibliothèque en acajou qui abritait nombre de livres anciens qu'Ani se plaisait à feuilleter précautionneusement ou simplement à en caresser la couverture dont les rides sur le cuir trahissaient bien souvent l'âge de l'ouvrage.
En quelques minutes, il avait englouti un solide, bien que tardif, goûter. Il passa ensuite près de deux heures avec Mme Dessources sur des exercices de français et de mathématiques. Cependant, contrairement à son habitude, il ne les réussit pas car son esprit était ailleurs : il pensait toujours à M. Lepennec et à son attitude étrange de l'après-midi. Sa vieille préceptrice lui fit remarquer qu'il n'était pas attentif et lui fit la leçon gentiment. Ani s'en voulait car il avait conscience que rien n'obligeait Mme Dessources à le couver de la sorte, ni à lui donner des cours de soutien. Il reprit donc ses esprits pour terminer un ultime problème de maths.
- Ah, bien tu as réussi cette fois. Tu étais dans la lune aujourd'hui Ani, quelque chose ne va pas ? lui demanda-t-elle.
- Non, je vais très bien, répondit Ani. Par contre je vais devoir vous laisser car il se fait tard et je n'aime pas beaucoup circuler à vélo la nuit.
Il se leva et se dirigea vers la porte. Il salua et remercia Mme Dessources et s'en alla.
Une fois dehors, Anavrin fut soudainement saisi par l'irrépressible envie de voir ce que contenait la poubelle de M. Lepennec. A vrai dire, il était comme attiré par elle. Il se dirigea donc lentement vers elle, pesant chacun de ses pas. Il ressentait à la fois de l'appréhension et l'excitation de transgresser un interdit, car en soulevant le couvercle de la poubelle, il avait l'impression étrange de violer l'intimité de son propriétaire.
C'est alors qu'il vit ou plutôt qu'il distingua, gisant à demi enfoui sous les sacs à ordures, un livre. Le paquet dont M. Lepennec avait eu autant de mal à se débarrasser était un livre. Après avoir vérifié que personne ne l'observait, exactement de la même manière que le vieil homme plus tôt dans la journée, Ani se pencha en avant pour le saisir.
Quand il se redressa, Ani prit quelques secondes pour étudier l'objet grâce à la lumière déclinante du soleil. Et premier constat : ce livre n'était pas normal. Sous son aspect vieillot, avec son cuir déchiré en plusieurs endroits, et dépourvu de titre, il ressemblait beaucoup à l'idée qu'Ani se faisait des grimoires dont les légendes parlaient. Une étrange gravure en ornait la couverture. Faite dans un métal qu'il ne connaissait pas, elle dessinait un cercle parfait finement nervuré. Il ne prit cependant pas le temps de l'ouvrir car il se faisait tard et il ne tenait pas à se faire remarquer ni à ce que quelqu'un lui demande pourquoi il fouillait dans les poubelles.
Ani enfourcha donc sa bicyclette et fila comme le vent vers son petit appartement, le livre de M. Lepennec sommairement attaché sur son porte-bagages.

Aussitôt arrivé chez lui, il jeta sa besace et le livre sur son lit. Il donna alors à manger des restes de son goûter à Méo puis il se déshabilla et passa sous la douche. Contrairement à ce matin, elle fut chaude car il avait besoin de se détendre après sa journée éprouvante. Ani en profita pour ressasser les évènements de la journée et pour tenter de comprendre pourquoi il avait agi de la sorte.
Promis, demain il irait rendre le livre à M. Lepennec.
Lorsqu'il fut sorti de sa douche, qu'il se fut séché et brossé les dents, Ani enfila un short et se glissa dans son lit. Méo vint se mettre en boule au creux de son cou.
Comme d'habitude, le sommeil s'empara de lui en quelques secondes...

# Posté le vendredi 13 juin 2008 22:09

Modifié le samedi 14 juin 2008 18:32

LA PLANETE BULLE - Livre Premier - page 5

 LA PLANETE BULLE - Livre Premier - page 5
Chapitre 2: La fuite


Ce matin là, Ani se réveilla en sursaut, trempé de sueur. Sa nuit avait dû être agitée pensa-t-il, mais il n'avait aucun souvenir des rêves qu'il avait pu faire.
Reprenant lentement ses esprits, il se tourna vers son réveil qui indiquait 6h32.
Ani se rendit alors compte qu'il serait probablement en retard pour le petit déjeuner chez Mme Dessources. Il sortit donc précipitamment de son lit, sauta dans son pantalon de travail, enfila son Marcel blanc et se brossa les dents en un éclair. « Pas le temps pour la douche ce matin » se dit-il.
En moins de deux minutes, il était prêt. Il sortit en trombe de chez lui. Arrivé au bas de l'escalier, il réalisa qu'il avait oublié sa besace. Il remonta les marches quatre à quatre, en maudissant son étourderie.
- C'est sûr, cette fois je serai en retard !!

Quand il ouvrit la porte de sa chambre, Anavrin vit sa besace au pied de son lit. Il la saisit alors par la bandoulière pour la passer autour de ses épaules. C'est à ce moment qu'il vit le livre qui gisait sur le sol.
Comment avait-il pu oublier son existence même ? « Sans doute la fatigue », supposa-t-il. Néanmoins, il s'en empara et le glissa dans sa sacoche avant de repartir sur le chemin du travail.

Un quart d'heure plus tard, alors qu'il débouchait dans la rue du chantier, le regard d'Ani fut tout de suite attiré par un attroupement anormal devant l'immeuble dans lequel il travaillait. Un camion de pompiers, une ambulance et plusieurs véhicules de Police étaient stationnés devant l'entrée de la cour, tous feux allumés. Les forces de l'ordre avaient dressé un cordon de sécurité pour empêcher les badauds de gêner les secours dans leur travail.
Ani descendit de son vélo précipitamment, l'attacha à un lampadaire à bonne distance du chantier puis il se précipita vers l'attroupement.
Il se jeta dans la foule et tenta de se frayer un passage malgré l'agent de Police qui le ceinturait avec force :
- Laissez-moi passer s'il vous plaît, ma grand-mère habite ici !

Il était obligé de mentir car il savait qu'aux yeux de la loi, il n'était pas encore en âge de travailler. Devant cet argument, l'agent le laissa passer après avoir reçu l'aval de son supérieur.
Ani se glissa donc à travers les pompiers, les médecins urgentistes et les policiers pour entrer dans la cour de l'immeuble. Il repéra tout de suite Luigi, qui, adossé contre l'échafaudage, fumait tranquillement une cigarette.
- Luigi, Luigi, qu'est ce qu'il se passe ici ??
- Ah mon petit Ani te voilà ! Eh bien, un homme du nom de Lepennec est mort, assassiné d'après ce que je sais !
Ani resta estomaqué. Le vieil homme qu'il avait vu la veille si inquiet était désormais mort, assassiné qui plus est.]

# Posté le samedi 14 juin 2008 18:32

Modifié le lundi 21 juillet 2008 21:15